Algérie

Alger exige des preuves de Madrid qui assure que le gaz livré au Maroc ne viendra pas d’Algérie

Le contrat stipule qu’aucune goutte de gaz algérien vendu à l’Espagne ne doit être acheminée vers une destination tierce. Le Maroc devra importer du GNL au prix fort, sans compter les frais de transport et ceux, élevés, induits par la regazéification dans les stations espagnoles.

L’Espagne prise en étau entre le Maroc et l’Algérie. Nouvel épisode dans la crise politique entre l’Algérie et l’Espagne. Et celui-ci est suffisamment grave pour détériorer un peu plus les relations algéro-espagnoles. La tension est à son paroxysme. Le ministère de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a menacé, mercredi, de rompre le contrat de fourniture de gaz à l’Espagne si cette dernière venait à l’acheminer «vers une destination tierce».

Une première dans les relations algéro-espagnoles. L’Algérie a serré un peu plus la vis à l’Espagne après que cette dernière a tenté d’autoriser le fonctionnement, en flux inverse, du Gazoduc Maghreb Europe (GME) pour alimenter le Maroc en gaz. Un gazoduc fermé en octobre dernier sur instructions du président Abdelmadjid Tebboune. Une décision prise «au vu des pratiques à caractère hostile du Royaume marocain à l’égard de l’Algérie, des pratiques qui portent atteinte à l’unité nationale», indique un communiqué de la présidence de la République.


Un tour de vis actionné après que le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, a été informé, mercredi, par message électronique, par son homologue espagnole, Mme Teresa
Ribera, de la décision de «I’Espagne d’autoriser le fonctionnement, en flux inverse, du Gazoduc Maghreb Europe (GME)». La réponse de l’Algérie a été instantanée. En réaction, l’Algérie, par l’intermédiaire du ministère de l’Énergie, a précisé que «tout acheminement de quantités de gaz naturel algérien livrées à l’Espagne, dont la destination n’est autre que celle prévue dans les contrats, sera considéré comme un manquement aux engagements contractuels, et par conséquent, pourrait aboutir à la rupture du contrat liant la Sonatrach à ses clients espagnols», notamment Naturgy. L’Espagne s’était convenue avec l’Algérie de ne pas vendre le gaz algérien au Maroc. Une condition imposée par Alger lors du renouvellement du contrat de livraison signé fin 2021.


De ce fait, un manquement à cette règle amènerait l’Algérie à rompre son contrat avec l’Espagne. Une mise en garde qui a eu l’effet de douche froide sur l’Espagne qui a assuré que le gaz qu’elle acheminera vers le Maroc ne proviendra pas d’Algérie.

La vice-présidente espagnole chargée de la transition écologique, Teresa Ribera a donné des assurances au ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Akrab, mais malgré cela, le Maroc et les infrastructures espagnoles de regazéification doivent certifier de manière transparente et publique l’origine des cargaisons de GNL» qui seront envoyées par le gazoduc Maghreb-Europe, rapporte le quotidien espagnol, El Confidencial, citant source gouvernementale algérienne. Mais la méfiance algérienne est totale.

Ainsi, l’Algérie exige des preuves sur l’origine de chaque lot de gaz envoyé au Maroc par l’Espagne. Des exigences, certes, difficiles à satisfaire. Ce qui augmente le risque que l’Algérie finisse par rompre ses contrats gaziers avec l’Espagne d’autant que, début avril, le P-DG de Sonatrach n’a pas exclu une révision des prix du gaz livré à l’Espagne.

Évoquant l’explosion des prix en raison du conflit russo-ukrainien, Toufik Hakar a tenu à préciser que l’Algérie «respecte ses contrats avec ses clients» mais désire réviser les tarifs de gaz vendu à l’Espagne. Une déclaration intervenant dans un contexte de tensions diplomatiques entre Alger et Madrid sur la question du Sahara occidental. Alger avait alors immédiatement rappelé son ambassadeur à Madrid pour consultation. Le président Tebboune a qualifié le changement de position de l’Espagne sur le Sahara occidental d’ «éthiquement et historiquement inadmissible». Sonatrach a fourni en 2021 plus de 40% du gaz naturel importé par l’Espagne, dont l’essentiel lui parvient à travers le gazoduc sous-marin Medgaz, d’une capacité de 10 milliards de m3 par an.

Mohammed Mezouar

Éditorialiste en Chef

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