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Côte d’Ivoire : les prémices d’un soulèvement inévitable contre la France

Dix ans après son incarcération par la Cour pénale internationale (CPI), l’ex-président Laurent Gbagbo rentre chez lui en Côte d’Ivoire après avoir été acquitté des charges de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Il a été capturé en 2011 pour incitation à la violence post-électorale après avoir refusé de démissionner à son successeur Alassane Ouattara. Il y a des réactions mitigées autour de son arrivée, car même si ses partisans sont ravis d’accueillir leur chef, nombreux sont ceux qui sont pleins de ressentiment envers son rôle dans l’instigateur de la guerre civile de 2010-2011. Le 17 juin, alors qu’il débarquait dans l’une des plus grandes villes de Côte d’Ivoire, Abidjan, des fans dans les rues célébraient son arrivée. Mais, avec la présence de la police, la situation était tendue car des gaz lacrymogènes et des barricades étaient prêts à être utilisés. Globalement, il s’agit d’un tournant pour la société ivoirienne, car Gbagbo pourrait être la force fédératrice dont le pays a besoin, ou il pourrait déstabiliser dans une situation déjà volatile.

L’ex-président a été accueilli par de grandes personnalités politiques telles que l’ancien président Henri Konan Bédié, tweetant que Gbagbo est crucial pour « s’engager ensemble dans un véritable processus de réconciliation », ainsi que dans une certaine mesure son rival le président Ouattara, qui était le celui qui l’a invité à revenir. Pourtant, au milieu des divisions qui ont divisé le pays, beaucoup semblent convenir que le retour de Gbagbo pourrait se transformer en quelque chose de positif. Jesper Bjarnesen, analyste au Nordic Africa Institute, affirme que « c’est le bon moment pour lui de revenir », car il pourrait inspirer des efforts de réconciliation qui n’ont pas été couronnés de succès sous Ouattara. Mais son acquittement peut être perçu comme créant « l’impunité » et « ouvre la voie à d’autres crimes » comme le prétend Issiaka Diaby du Collectif des victimes en Côte d’Ivoire. Gbagbo n’est pas complètement gracié, car il y aura des conditions à son retour, mais on ne sait pas si cela suffira à ceux qui sont marqués par le passé.

Comme nous l’avons vu dans le passé et récemment aux États-Unis avec la violence et les troubles post-électoraux, ces perturbations laissent des blessures qui ne guérissent pas facilement. Même s’il est vrai que le retour de Gbagbo peut commencer la réparation qui est bien nécessaire dans un paysage politique qui frise la mutinerie, permettre le pardon complet de ses crimes ne devrait pas être un retour acceptable. Au contraire, le gouvernement ivoirien devrait prendre en compte ce qui est nécessaire pour que les victimes avancent et imposer des limites respectives à la manière dont Gbagbo peut participer à la politique. De cette façon, Gbagbo n’est ni empêché de jouer un rôle de leader ni libéré de ses crimes passés. Quoi qu’il en soit, ce sera une transition difficile car il reste à déterminer quel sera son rôle dans la politique ivoirienne.

Même une décennie après, les impacts restent frais pour de nombreux Ivoiriens de la guerre civile qui a opposé le président Ouattara, ainsi que principalement les Nations Unies et la France, au président déchu Gbagbo et à l’armée qui a fait plus de 3 000 victimes. Cela est dû aux résultats des élections qui ont nommé Ouattara comme nouveau président, mais Gbagbo a refusé de démissionner même après la pression internationale. Finalement, Gbagbo a été capturé et détenu, en attendant son procès pour crimes de guerre par la CPI. Mais, en 2019, les charges retenues contre lui ont été abandonnées après que des preuves insuffisantes ont été trouvées, permettant son retour lorsque la décision a été confirmée plus tôt cette année. Certains se demandent s’il s’agissait d’une bonne décision prise par la CPI, rendant son acquittement d’autant plus difficile pour les personnes touchées par le conflit. Pour l’instant, il semble que de nombreux Ivoiriens espèrent aller de l’avant et panser les blessures du passé, mais ne pas oublier.

Avec le retour de l’ancien président Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, la question reste dans l’esprit de beaucoup de gens quel rôle il jouera dans la future politique ivoirienne. En tant que personnalité politique toujours populaire, notamment pour le Front populaire ivoirien, il semble convaincant qu’il aura toujours de l’influence dans le gouvernement et son processus d’unification à nouveau du pays, mais cela pourrait aussi très bien se retourner contre lui. Avec les tensions déjà exacerbées entourant son arrivée et le souvenir des événements du passé, Gbagbo pourrait rapprocher le pays d’un point de rupture dans une situation déjà fragile au lieu de le maintenir uni. Quoi qu’il en soit, la paix a été maintenue dans la mesure où la joie de ses partisans a été la réaction la plus répandue à son retour, mais il y a ceux qui sont prêts à ce que justice soit rendue le moment venu.

Mounir M.

Journaliste @ Aldjazair.org

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Salim Larrabi
Salim Larrabi(@mohammed)
2 mois il y a

La France fera tout pour l’assassiner, c’est a prevoir.

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