Algérie

En Algérie les artistes et les sportifs rament

Le rideau à peine tombé sur les Jeux olympiques de Tokyo que les paralympiques commencent déjà avec le pays qui brille légèrement après la débâcle aux jeux officiels quelques jours plus tôt. Entre-temps, El Mazouzi chanteur de Raï de l’Ouest algérien s’est éteint à l’âge de 60 ans à Oran, dans le plus grand anonymat après une belle carrière pourtant. Des sportifs non valorisés et des artistes méprisés, voici le tableau peu flatteur d’une société ou rien ne compte à part l’armée, la police et la sécurité. Pas même l’école ou la santé. 

Des histoires comme celle-ci, il y en une multitude qui passent et se ressemblent sans qu’aucun gouvernant ne pipe mot. En Algérie, l’art et le sport souffrent d’un environnement hostile structurel. De quoi se demander à quoi servent les budgets de ces ministères respectifs, qui sont là comme pour décorer une équipe gouvernementale oisive et sans vision.

L’art a souffert ses plus dures années durant la montée islamiste. Depuis, il est relégué à un loisir de nécessité secondaire. Pas une seule salle de cinéma, des théâtres abandonnés et des filières scolaires désertées. Le sport lui, demande de l’effort et de la persistance et paye peu, donc pourquoi se fatiguer. La société algérienne se matérialise avec des jeunes qui ne rêvent que de consommation. Nous sommes dans l’avoir et non l’être. Plus de place pour la création, l’exploit ou même le défi. 

Et pourtant, dans le bon environnement, nos talents font rêver le monde entier et se forgent de belles carrières à l’international : Zidane, Ben Zema, Mahrez, Slimani…Sans doute, faut-il s’expatrier ou être nés loin de nos contrées pour réussir dans le sport ou être un artiste accompli. Le terreau algérien est peu fertile pour les sportifs et artistes qui rament pour les mêmes raisons qui paralysent des pans entiers du pays : l’incapacité à voir les opportunités. 

Sans aborder le sujet de la gestion qui est en lui-même le couronnement de la catastrophe à proprement dire. Restons-en au stade antérieur, celui de la vision. Il y en a simplement aucune. Elle est même source de moquerie pour celui qui en a. Et pourtant, elle ne requiert pas forcément de moyen financier, comme pour les milliers de terrains de basket-ball inaugurés avec peu de moyens à travers les États-Unis d’Amérique dans les communes les plus défavorisées pour encourager l’engouement des minorités à ce jeu de balle qui a pour point culminant la NBA

Au lieu de cela, notre jeunesse est encouragée à fumer des clopes achetées à l’unité sur des cartons tenus par des enfants de douze ans dont la place devrait être à l’école. Quand il suffirait à un Wali bien intentionné de prendre un morceau de craie pour délimiter le futur espace d’un parc pour enfant ou celui d’un terrain de sport variés pour chaque quartier.

Seul exception à ce sombre tableau: le foot qui jouit d’un statut de cause nationale avec tous ses laissez-passer. Renaissant de ses cendres après la décennie noire, il montre comment le chemin vers le succès est dur et semé d’embûches. Mais qu’avec la volonté politique et la vision les talents poussent tel le blé importé par milliers de tonnes alors que jadis, Alger fut le grenier de l’Europe. 

Le sport et les arts sont de parfaits exutoires pour la société et ne devraient pas être tant ignorés. La liste des griefs contre la mauvaise gouvernance est longue, mais si on devait commencer par les priorités que sont l’école et la santé, aucun Algérien ne souhaiterait s’expatrier. 

Mohammed Mezouar

Éditorialiste en Chef

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