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Essais Nucléaires Sahara : si la France n’est pas dans la repentance, l’Algérie, n’est ni dans l’oubli ni dans le pardon

Le 13 février 1960, la France procédait à la première explosion nucléaire à Reggane. Des algériens ont été utilisés comme cobayes pour connaître les effets de la radioactivité sur l’être humain.

En janvier, l’historien français Benjamin Stora a déposé un rapport commandé par le président français Emmanuel Macron visant à “la réconciliation des mémoires entre la France et l’Algérie”, que la France a gouvernée comme le joyau de son empire colonial pendant plus de 130 ans.

Le rapport Stora a abordé plusieurs cicatrices de la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), une lutte sanglante pour la décolonisation qui a rencontré une répression sauvage par les troupes françaises. L’une de ces controverses découle de l’utilisation française du Sahara algérien pour le développement d’armes nucléaires.

La France a prouvé sa bombe dans l’atmosphère au-dessus de ce désert, nommant l’explosion inaugurale Gerboise bleue, ou Blue Jerboa, d’après le rongeur local. Entre 1960 et 1966, la France a fait exploser 17 engins nucléaires dans le Sahara algérien : quatre explosions atmosphériques pendant la guerre d’Algérie et 13 autres souterraines, la plupart après l’indépendance de l’Algérie.

Les ambitions nucléaires françaises sont devenues indissociables du processus de décolonisation algérienne. Les explosions sahariennes ont suscité l’indignation internationale, bloqué les négociations de cessez-le-feu et, plus tard, menacé une paix précaire à travers la Méditerranée.

Le rapport Stora a signalé que les retombées radioactives de la guerre d’Algérie sont restées une épine entre les deux nations. Mais le document est loin d’une voie claire vers la réconciliation nucléaire.

Un différend à l’ONU. La bombe française est entrée en collision avec la guerre d’Algérie avant que le premier champignon atomique ne s’élève au-dessus du Sahara. En novembre 1959, des alliés algériens représentant des États indépendants d’Afrique et d’Asie ont contesté les plans français pour le désert devant la Première Commission du désarmement aux Nations Unies.

Une partie de la stratégie française aux Nations Unies consistait à creuser un fossé entre la question nucléaire et ce que les diplomates français appelaient par euphémisme la « question d’Algérie ». L’obscurcissement français s’est poursuivi pendant des décennies.

Algériens servant de cobaye durant un essai nucléaire

La France n’a pas, jusqu’en 1999, qualifié l’effusion de sang de guerre, préférant la ligne selon laquelle ce qui s’est passé en Algérie, dans le cadre de la France, équivalait à un différend interne plutôt qu’à une affaire de l’ONU. Macron est devenu, en 2018, le premier président français à reconnaître la “torture systémique” par les troupes françaises en Algérie.

La contestation afro-asiatique des explosions sahariennes a bousculé les barricades diplomatiques françaises aux Nations unies. La délégation française a essayé de supprimer les références à la guerre d’Algérie comme non pertinentes. Mais leurs homologues africains et asiatiques ont décrit les explosions du désert comme une violation de la souveraineté africaine.

L’inquiétude n’était pas seulement pour le territoire contesté en Algérie, mais aussi pour les États indépendants bordant le désert, dont les dirigeants ont averti que les retombées nucléaires pourraient traverser leurs frontières nationales. Les mesures de rayonnement prises dans le sillage de Gerboise bleue ont donné raison à beaucoup d’entre elles.

Les armes nucléaires représentaient un autre élément de l’impérialisme français sur le continent.

Mohammed Mezouar

Éditorialiste en Chef

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