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Le flux de gaz depuis l’Espagne vers le Maroc suspendu aux attentes d’Alger

La ministre de la Transition écologique, Teresa Ribera, assurait Lundi que:

“l’engagement avec l’Algérie est que pas une seule molécule du gaz qui arrive au Maroc ne puisse être attribuée au gaz algérien”

Si tel était le cas et qu’Alger interrompait le débit du gazoduc Medgaz, l’Espagne aurait un sérieux problème d’approvisionnement. Il lui manquerait pas moins de 40% de la matière première qu’il importe annuellement. C’est un scénario que le secteur considère comme inimaginable.

Pour alimenter les 140 000 gigawattheures de gaz algérien importés par le pipeline entre avril 2021 et mars dernier, selon les données d’Enagás, il faudrait affréter 140 méthaniers pour amener l’hydrocarbure d’autres pays et le décharger dans l’une des six usines de regazéification à la campagne. Chaque navire peut transporter 150 000 mètres cubes de gaz naturel liquéfié (GNL), soit environ un millier de gigawattheures.

C’est presque le double du nombre de navires qui ont déchargé l’année dernière. Problème : le prix. Selon les données de la Commission nationale des marchés et de la concurrence, le coût d’approvisionnement de la matière qui arrive sous forme de GNL est deux fois plus cher que s’il arrivait par pipeline. Ce sont des données de décembre dernier. La facture énergétique monterait donc littéralement en flèche si le gazoduc Medgaz arrêtait de transporter des hydrocarbures. La seule alternative serait de l’approvisionner par bateau car l’autre interconnexion internationale, avec la France, n’a que très peu de capacité d’échange.

Des sources de l’industrie soulignent que la menace algérienne ne serait pas seulement un problème pour l’Espagne, mais pour toute l’Europe. D’autant plus aujourd’hui que l’Union cherche des alternatives express pour rompre avec la Russie et vient même de dépoussiérer le projet d’augmentation de la capacité d’interconnexion entre l’Espagne et la France avec un nouveau gazoduc (Midcat) pour que la Péninsule devienne la porte d’entrée de plus de gaz algérien vers le reste de l’Europe. Mais Alger semble préférer l’Italie comme partenaire stratégique.

Le Medgaz est géré par une société du même nom dans laquelle la société espagnole Naturgy partage une participation avec la société d’État algérienne Sonatrach (bien que cette dernière gère 51 % du capital). Des sources de Naturgy expliquent que la relation avec Sonatrach est bonne. Bien que les deux sociétés négocient depuis des mois pour mettre à jour les prix du contrat de fourniture de gaz à l’Espagne. Il s’agit d’un « examen ordinaire qui fait partie de la normalité du contrat » et qui est effectué tous les trois ans, soulignent-ils auprès de Naturgy.

L’accord entre l’Espagne et le Maroc consiste en ce que le royaume alaouite achète du GNL dans d’autres pays, le décharge et le regazéifie en Espagne et l’envoie au pays africain via le gazoduc du Maghreb, fermé depuis octobre parce que l’Algérie a refusé d’envoyer plus de gaz vers l’Espagne. Maroc. Le Medgaz traverse la Méditerranée jusqu’à Almeria.

Seul soucis, Madrid peine à mettre en place un moyen de certifier que le gaz envoyé au Maroc n’est pas du gaz marocain suite aux exigences d’Alger. Entre-temps, le flux de gaz entre l’Espagne et le Maroc est en suspens.

Nul ne sait pourquoi soudainement, l’Espagne qui jouissait de relations exemplaires avec l’Algérie depuis des décennies, s’est mise “à jouer avec des allumettes près d’un champ gazier” sur fond de scandales de corruption. 

Le jeu diplomatique monte et redescend, alors que les prix du gaz eux n’en finissent pas de monter. 

Mohammed Mezouar

Éditorialiste en Chef

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