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Le Mali à la croisée des chemins

Le language des sanctions

Des sanctions trop lourdes, trop subites et trop internationalisées risquent fort de jeter le Mali dans les bras de la Russie et de la Chine, ce que Paris et ses alliés redoutaient le plus et ouvertement.

Le Mali se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, et les immenses marées humaines dans toutes les villes du pays confirment le soutien populaire au colonel Goita au grand dam des incantateurs de la démocratie forcée et de leurs acolytes dans la sous-région.

Un problème de timing fut la goutte qui a fait déborder le vase de la CEDEAO qui perdit patience avec les autorités militaires qui auraient tardé pour organiser des élections et à remettre le pouvoir au peuple tel un paquet cadeau sous un sapin de Noel.

Il n’en fallait pas plus pour que le langage des sanctions parle comme il le fait depuis la bouche de Washington et de Bruxelles envers le monde subalterne qui n’a pas encore été touché par la démocratie divine. Si la fin justifie les moyens, cette précipitation est plutôt risible de la part des membres de la CEDEAO et puis surtout de l’UE (cour européenne actuellement sous la présidence inquisitrice de Macron) quand on connaît le contexte malien.

La crise malienne

Le Mali a connu et connaît une situation particulièrement instable du fait de ses communautés fraîchement ralliées par les accords d’Alger. Ensuite une crise politique et institutionnelle a secoué le pays pour enfin subir un terrorisme pernicieux qui tantôt porte le masque du salafisme, tantôt, ressemble étrangement à un remake des attaques sous false flag au Moyen-Orient. Difficile de s’y retrouver sans une armée bien entraînée et du matériel solide. 

La présence de l’armée française et des forces de l’ONU depuis plus de 7 ans n’a strictement rien arrangé, bien au contraire. C’est de là que vient tout le hic. Barkhane est un échec retentissant. Et comme de juste, la France qui ne supporte pas l’échec, quitte les lieux “en plein vol”. Mais, sans les quitter vraiment ou du moins en pratiquant la politique de la terre brûlée. D’abord à coup de manœuvres politiques sournoises, puis il faut s’attendre à une déstabilisation directe plus physique au sein du pays. Wait and see…

Les conseils d’Alger, les kalachnikovs de Moscou et les dollars de Pékin

Mais voilà, quelques ombres assez envahissantes assombrissent ce tableau typique de regime change en Afrique sous les auspices “bienveillants” de Paris. Le Mali jouit d’une amitié algérienne historique. Outre le fait d’être un voisin direct, Alger n’a jamais oublié l’aide du Mali par le biais du Sahara pendant la révolution algérienne. Et l’Algérie compte bien s’acquitter de sa dette morale envers le Mali frère. Par ailleurs, l’expertise de lutte non-négligeable contre le terrorisme est un atout précieux pour Bamako que Ramtane Lamamra a offert sans ambages.

Concours de circonstances, la Russie se redéploie en Afrique et la coopération militaire solide qu’elle apporte au pays en difficulté à travers le monde a fait son chemin. Alger recommande chaudement le matériel russe à Bamako, moins onéreux et fort adapté à la lutte désertique. Il n’en fallait pas moins pour que le Mali en souffrance décide de changer de partenaires sécuritaires bouleversant le jeu géopolitique au Sahel. Au risque de voir la francafrique si bien huilée s’effondrer comme un château de cartes secoué violemment par un sentiment anti-français qui se développe à la vitesse grand V. 

La Chine est connue pour être insensible aux sanctions de Washington, de Bruxelles ou de quiconque. En électron libre, la diplomatie chinoise a sorti son bouclier à l’ONU pour bloquer un train des sanctions inutiles qui aurait mondialisé la crise. Une garantie de commerce équitable sonnante et trébuchante apparaît. Ce qui garantie un commerce qui transiterait par de nouvelles routes puisque les amis traditionnels nous boudent. Mauritanie, Guinée, Algérie … Tant de possibilités pour acheminer son lithium à Pékin et ne pas suffoquer sous le coup de sanctions qui ne sont ni plus ni moins qu’un règlement de comptes géopolitique entre l’Ouest et l’Est … Pour ne pas changer.

L’avenir du Mali

Le Mali est un pays pivot en Afrique de l’Ouest, il est le carrefour de tout le commerce qui transite dans la région et tout ce qui se passe à Bamako risque fort de se répandre dans les pays voisins avec le Burkina Faso aux premières loges et comme ce fut le cas pour la Guinée-Équatoriale. Une perte d’influence de ce type est une catastrophe pour Paris et ses si chers alliés démocratiques.

Que va choisir le Mali ? Son peuple, son armée et ses dirigeants vont ils vers une confrontation diplomatique avec leurs détracteurs ou succomberont ils à la pression régionale ? 

D’après les dernières nouvelles, l’œil pour œil et le dent pour dent se font percevoir.

Vu d’Alger, c’est beaucoup de bruit pour rien. Des élections, à l’heure et dans les circonstances actuelles ne sont tout simplement pas organisables. Ensuite, il ne sert à rien de force la main à Bamako et de presser les choses quand en plus de 7 ans les résultats des forces étrangères furent plus que médiocres. Une négociation active et forte s’impose pour couper la poire en deux, revenir sur un délai moins long avec un plan allant de 14 à 18 mois pour normaliser le pays politiquement.

Mohammed Mezouar

Éditorialiste en Chef

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