Afrique

Le panafricanisme de Laurent Gbagbo inquiète Paris

Laurent Gbagbo, l’ancien président de la Côte d’Ivoire, a déclaré dimanche à ses partisans qu’il prévoyait de rester en politique jusqu’à la fin de sa vie, révélant publiquement ses intentions pour la première fois depuis qu’il a été innocenté des accusations ( accusations frivoles et orchestrées par les tenanciers de la CPI ) de crimes de guerre.

L’ancien président de 76 ans a pris la parole lors d’un rassemblement du week-end pour sa nouvelle organisation politique, le Parti du peuple africain de Côte d’Ivoire, communément connu sous son nom français, PPA-CI. Après plus d’une décennie à l’étranger, Gbagbo est rentré en Côte d’Ivoire en juin, après avoir passé les deux années précédentes à attendre l’appel des procureurs contre son acquittement devant la Cour pénale internationale dans le cadre des troubles postélectoraux de 2010-2011 dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Gbagbo a fait des apparitions publiques depuis son arrivée mais a gardé ses opinions politiques au minimum, les remarques de dimanche étant ses plus franches à ce jour sur ses objectifs futurs. Il a informé environ 1 600 partisans : « Je suis sorti de prison. “Je suis là, et ensemble nous nous remettrons sur la bonne voie.”

“Je vais rester en politique jusqu’au jour de ma mort”, a-t-il poursuivi. “Je déciderai comment cela sera fait, et je déciderai comment cela sera fait.”

Gbagbo a été président de la Côte d’Ivoire de 2000 à 2010, bien qu’il ait refusé de reconnaître sa défaite face à Alassane Ouattara. Au moins 3 000 personnes sont mortes à la suite de combats entre leurs partisans, qui ont ramené la Côte d’Ivoire au bord de la guerre civile.

Après que Gbagbo a été appréhendé dans son bunker souterrain et extradé à La Haye, Ouattara a gagné. Depuis lors, Ouattara est président, déclenchant la polémique en octobre dernier lorsqu’il a été réélu pour un troisième mandat alors qu’il avait précédemment déclaré qu’il n’accomplirait que deux mandats.

Depuis le retour de Gbagbo, les deux hommes sont amicaux, se présentant même ensemble au palais présidentiel en juillet pour promouvoir l’unité nationale. Cependant, il a été interdit à Gbagbo de concourir contre Ouattara lors des élections de 2020, et on ne sait pas dans quelle mesure le parti au pouvoir le considérera comme un candidat potentiel en 2025, lorsqu’il aura 80 ans.

Les critiques de Gbagbo, en revanche, estiment qu’il n’aurait jamais dû être accueilli à nouveau en tant qu’homme d’État. Ils soutiennent que même s’il est acquitté par la Cour pénale internationale, il devrait toujours faire face à des accusations en Côte d’Ivoire pour incitation à la violence.

Le nouveau groupe politique de Gbagbo symbolise la fin de ses relations avec le Front populaire ivoirien, qu’il a formé dans les années 1980. Alors que Gbagbo attendait son procès, le parti s’est scindé en deux groupes, dont l’un était dirigé par Pascal Affi N’Guessan. Les deux hommes se sont séparés, Gbagbo ayant annoncé la fondation d’un nouveau parti politique en août.

Un parti politique unioniste et tourné résolument vers l’Afrique. De quoi donner de frayeurs aux intérêts français dans la région. La France est soupçonnée d’avoir contribué à la chute de Gbagbo et d’avoir pris parti en ayant soutenu Ouattara le candidat de ses intérêts. Mais aujourd’hui, la roue tourne encore et il semble que le Mandela de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, revienne sur la scène avec un projet qui suscite encore plus d’inquiétudes à Paris.

Gbagbo a été arrêté en 2011 et a passé les huit années suivantes à attendre son procès pour des allégations de crimes de guerre. En 2019, un juge l’a déclaré non coupable après que les procureurs n’ont pas réussi à prouver leur cause. La décision a été annulée en appel fin mars, permettant à Gbagbo de quitter la Belgique, où il avait passé les deux années précédentes.

Même si l’âge de Laurent Gbagbo ne lui permettra pas de se présenter en tant que candidat à la présidentielle, selon la loi en vigueur, ses idées et son personnage demeurent des menaces pour de nombreux milieux proche de Paris qui entraînent l’Afrique dans des complots connus de tous depuis des siècles.

Mohammed Mezouar

Éditorialiste en Chef

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