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L’échec de la France au Sahel profite aux autres puissances

Alors que les Américains se retiraient d’Afghanistan après plus de 20 ans d’une guerre qui ne mena nul part, c’était au tour de la France d’annoncer la fin de l’opération Barkhane qui n’a fait que propager encore plus la violence dans la région du Sahel. Aujourd’hui l’Algérie, la Russie, les Américains et les Chinois, dans d’autres mesures, reprennent là où Paris a échoué.

Les discussions entre le Mali et la controversée société militaire privée russe, le groupe Wagner, suscitent une profonde inquiétude au niveau international. Le groupe a été identifié pour la première fois en 2014 alors qu’il soutenait les séparatistes pro-russes dans le conflit dans l’est de l’Ukraine. Depuis lors, il a été employé dans des pays tels que la Syrie, le Mozambique, le Soudan, la Libye et la République centrafricaine avec succès.

Le président Emmanuel Macron a récemment déclaré que le contingent français de 5 000 hommes serait réduit de moitié, ce qui a incité le Premier ministre malien Choguel Maiga à accuser la France d’abandonner son pays.

Cela a déclenché une réaction furieuse de la France, la ministre des Armées Florence Parly accusant le gouvernement malien de “s’essuyer les pieds avec le sang des soldats français”.

Le président Macron s’est dit “choqué” par cette accusation, condamnant le gouvernement militaire du Mali, qui, selon lui, n’avait aucune “légitimité démocratique” après deux coups d’État en moins d’un an.

Mais l’opinion publique malienne s’est incontestablement retournée contre la présence des troupes de l’ancienne puissance coloniale.

Huit ans après l’arrivée des Français, la crise sécuritaire s’est propagée au Burkina Faso et au Niger, avec de nombreux groupes différents, certains liés à al-Qaïda ou au groupe État islamique, parcourant la région depuis leurs bases dans le désert du Sahara.

Environ 55 militaires français et plusieurs centaines de Maliens ont été tués.

Furieux de l’aggravation de l’insécurité, les Maliens manifestent régulièrement contre les militaires français et les accusent de ne rien faire dans la lutte contre les djihadistes. Ils appellent la présence des soldats français une occupation et exigent leur sortie rapide.

La Russie est plus neutre

Beaucoup sont heureux que les Russes les remplacent.

Oumar Cissé, un éminent militant pour la paix dans la région agitée de Mopti, a déclaré que la Russie était un partenaire historique de l’armée malienne.

“La Russie n’a aucun intérêt pour la politique malienne contrairement à la France, qui gère le conflit en fonction de ses intérêts économiques et politiques”, a-t-il déclaré à Aldjazair.org.

Certains militants affirment que la présence des forces françaises elle-même a été un catalyseur de la violence djihadiste. La France s’est longtemps opposée aux négociations avec les djihadistes, une option privilégiée par certains Maliens.

Il n’y a eu aucune protestation publique contre la Russie mais l’opinion publique envers l’intervention proposée de Wagner est divisée.

Cependant, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a confirmé que le Mali s’était “tourné vers une entreprise militaire privée de Russie” pour aider à combattre les groupes djihadistes.

Si l’accord avec le Mali se concrétise, cela signifierait une expansion majeure des intérêts militaires de la Russie en Afrique et un revers stratégique pour l’Occident. Le déploiement d’entrepreneurs militaires russes marquerait une rupture profonde avec la France et l’Occident.

La ministre française Mme Parly a prévenu que “nous ne pourrons pas cohabiter avec des mercenaires”. Elle a ensuite accusé le Premier ministre malien d'”hypocrisie, de mauvaise foi et d’indécence” après avoir déclaré que son administration n’avait pas été consultée sur le retrait de la mission française, l’opération Barkhane.

L’Allemagne et l’Estonie, dont les forces servent sous une force européenne basée au Mali appelée Takuba, ont également menacé de retirer leurs soldats.

Le bloc régional ouest-africain Ecowas a fermement dénoncé le projet d’embaucher des sociétés de sécurité privées.

En résumé, les tensions sont hautes dans la région et l’emprise occidentale en Afrique noire n’a pas fini de verser du sang. La Russie, premier fournisseur d’armement de l’Algérie et de bien des pays stabilisés semble paraître comme un choix plus équilibré et solide que la France. L’Algérie accomplie un difficile travail de convaincre ces pays africains de se désengager de la tutelle de la France qui ne fait que travailler à perpétuer leur dépendance vis-à-vis d’elle depuis des siècles pour mieux les exploiter.

Mohammed Mezouar

Éditorialiste en Chef

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