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Pourquoi la France devrait ménager le Maghreb au sujet des visas ?

Il semblerait d’après un sondage bien opportun que + de 75 % des Français approuvent la décision de Macron d’avoir restreint la délivrance de visa dans les pays du Maghreb. Gabriel Attal a même justifié cette mesure prise par le président français par le refus de la part des pays du Maghreb, dont l’Algérie, de reprendre les ressortissants immigrés illégaux sur leur territoire.

Prise sous un angle purement réactionnaire et au vu des raisons qui ont été données au Français par le besogneux de service (Darmanin), cette décision paraît justifiée. Mais les flux migratoires comme chacun le sait sont plus complexes qu’un simple donnant-donnant. Et le Maghreb le sait et en joue même parfois.

Tantôt fonds de commerce électoral tantôt arme géopolitique, l’immigration légale et illégale semblent être la plaie des temps modernes en Occident. Trump, jadis président, promettait déjà d’ériger un mur avec le Mexique pour stopper ce flux migratoire. L’Europe dans son ensemble et malgré tous les efforts consentis est-elle réellement impuissante face à ces flux incontrôlables ?

Que les “fronts” viennent de l’Est avec la Turquie ou du Sud avec le Maroc ou en mer depuis la Tunisie, la Libye et l’Algérie, la tâche semble ardue. Mais est-elle plus ardue que de déclencher des guerres au bout du monde en envahissant des peuples pendant des décennies exploitant homme et terre ? Est-elle plus ardue que de marcher sur la lune, vraiment ? 

Il semble que le sempiternel thème de l’immigration dans son ensemble soit nourri et entretenu par toutes les nations, receveuses pour en faire un fonds de commerce électoral lucratif garantissant aux candidats une élection assurée quand il s’érige en rempart. Un rempart impuissant puisque, ironie du sort, on ne peut rien contre ces flux sachant que les solutions sont principalement en amont.

Bien que cette tendance migratoire Afrique Europe est faite pour s’accentuer sensiblement dans les années à venir. Nous ne parlerons pas dans cet article du règlement du problème à sa racine puisque (cyniquement) c’est le traitement des symptômes qui importe et rapporte et non pas l’éradication de la maladie.

Mais davantage du pourquoi l’Europe et plus précisément la France devrait la jouer fine avec les pays du Maghreb qui cumulent les plus de trois mille kilomètres de côtes poreuses d’où provient ce flux. En d’autres termes, si Alger, Rabat ou Tunis souhaitent d’u coup de tête regarder ailleurs pendant un mois, c’est une “invasion catastrophique” de migrants africains qui se retrouvent injectés dans les sociétés européennes. Arme redoutable utilisée par le Royaume du Maroc, il y a peu encore, contre le Royaume d’Espagne lors de leur escarmouche territoriale à Ceuta.

La Turquie aussi en joue de temps à autre à sa frontière, vexée de ne pas avoir été admise dans la Communauté européenne. Même la France, pourtant payée par Londres, pour veiller au flux de migrants depuis Calais faisait récemment du chantage à la couronne suite aux différends politico-économiques autour de sous-marins australiens.

En somme, le Maghreb possède un levier non-négligeable contre l’Europe avec son contrôle sur les flux migratoires. On pourrait même ajouter que si Macron ne se ravise pas les armées maghrébines qui filtrent de nombreux éléments terroristes pourraient décider de cesser “de faire des efforts” et de regarder ailleurs également. Nombreux sont ces migrants qui voient l’Europe comme la cause indirecte de leur appauvrissement.

Donc notre conseil aux Européens, c’est de traiter le problème des migrants avec la plus grande prudence sans mesure de rétorsion qui se retournerait facilement contre leurs auteurs créant un karma électoral peu reluisant. Un financement direct aux pays de transit, des moyens humains et techniques ainsi qu’un large travail en amont pour éviter de piler les pays émetteurs de ces flux de migrants, comme en Afrique noire, sont des pistes plus louables.

Pour la France, il s’agit davantage d’améliorer son image en Afrique à l’heure où sa place d'”allié” dans le monde et de puissance régionale lui est largement discutée. Le boycott contre ses produits, l’annulation de contrats d’armements et commerciaux et ses relations tendues avec son ancien empire colonial peuvent largement jouer en sa défaveur.

Mohammed Mezouar

Éditorialiste en Chef

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