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Une crise de grande ampleur couve au Soudan

La polarisation politique et sociale au Soudan a atteint un niveau de crise suite aux rassemblements de samedi à Khartoum en soutien aux demandes des commandants de l’armée de remplacer le gouvernement et de restructurer l’alliance des Forces de la liberté et du changement. Si la situation n’est pas réglée immédiatement, le pays entrera en éruption. Diverses variables peuvent présenter des dangers non seulement pour la phase de transition, mais aussi pour le pays dans son ensemble.

Au Soudan, par exemple, le débat est sourd alors que le Conseil de transition chargé de la direction nationale resserre son emprise sur les liens politiques entre les composantes civile et militaire. De plus, le langage de l’exclusion et de la trahison des acteurs politiques en désaccord sur pratiquement tous les sujets donne l’impression aux citoyens ordinaires que leurs désaccords sont motivés par les intérêts des partis et ne sont donc pas dans l’intérêt du pays ni même de la période de transition.

Ajoutez à cela le fait que les armes sont détenues en dehors des forces armées normales, avec de nombreuses milices situées à Khartoum agissant sur ordre de personnalités politiques opposées, empiétant sur les tâches de police sans aucun sentiment de dissuasion ou de censure de la part des hauts responsables de l’armée soudanaise. Le Soudan sera bientôt un « non-État » similaire à la Syrie, au Yémen et à la Libye, si les tendances actuelles se poursuivent. Les observateurs doivent avoir le courage de souligner que les forces tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Soudan travaillent à plusieurs niveaux pour aboutir à un résultat aussi désastreux.

Quelles que soient les motivations derrière tout cela, et quelle que soit la personne qui soutient ces forces particulières, le résultat final sera le même : il n’y aura pas de gagnant ou de perdant clair. Ceux qui croient différemment se trompent. Personne, peu importe qui est derrière eux aujourd’hui, ne pourra porter le dernier coup à ses adversaires.

Bien sûr, le peuple soudanais et sa nation, qui traverse une catastrophe sans précédent, seront les plus grands perdants. Il faudrait agir rapidement et avec détermination pour arrêter la polarisation et entreprendre le travail de transition nécessaire pour récupérer notre pays. L’importance de l’unité de but et d’action ne peut pas être surestimée. Pour réussir la phase de transition et sauver le pays, les désaccords politiques et idéologiques doivent être mis de côté. Les désaccords politiques sont inévitables et anticipés, et s’ils sont traités correctement, ils peuvent avoir des conséquences bénéfiques. Aujourd’hui, cependant, nous assistons à une lutte pour le pouvoir au Soudan, qui prend le pas sur les besoins, la sécurité et la sûreté de la population.

Quels que soient les objectifs de chaque partie, et que leurs différends reflètent ou non ces buts et objectifs, ils peuvent s’entendre sur les sujets ouvertement contestés. Seule la tentative de dépeindre la révolution de décembre 2018 comme une bévue orchestrée par des personnes politiquement inexpérimentées n’est pas au programme. Quiconque croit cela n’a aucun rôle à jouer dans la situation.

Je suis d’accord avec le discours du Premier ministre vendredi dernier, dans lequel il a abordé les grandes lignes de la feuille de route pour résoudre le problème. Je pense qu’il est de notre responsabilité collective de remplir la carte avec autant de détails que possible. Ma première contribution à cette méthode est disponible pour commentaire, correction ou modification ici.

Le Conseil de souveraineté devrait être modifié pour inclure 11 membres, selon le libellé de l’instrument constitutionnel, mais je voudrais qu’il n’en ait que cinq ou six. Je propose que la performance de tous les membres du conseil soit revue, en supprimant les plus faibles, sans autre raison que l’intérêt national à l’esprit.

Je suggère en outre que les exigences de la Constitution soient respectées et que le Conseil des ministres soit formé sur la base des compétences professionnelles plutôt que des quotas de parti ou régionaux. Les candidatures sont ouvertes à tous, mais le Premier ministre doit faire le choix final sans tenir compte des quotas politiques ou régionaux.

Nous devons mettre en œuvre la loi sur la Commission de réforme juridique, qui a été promulguée le 22 avril de l’année dernière, afin qu’elle puisse servir de fondement à la réforme des systèmes de justice et des droits de l’homme sans ingérence du Comité d’habilitation ou des autorités souveraines et exécutives. Le Comité de sélection et la Commission de réforme de la fonction publique devraient examiner et superviser les nominations dans la fonction publique.

Les accusations portées contre l’Empowerment Removal Committee devraient être traitées et examinées, et l’efficacité du comité en termes de composition et de méthodologie devrait être évaluée. Pour protéger la justice et l’état de droit, les changements nécessaires à sa gouvernance devraient être apportés, et le Comité d’appel devrait être réformé et actif.

En revanche, exiger la dissolution du comité ou l’annulation de ses jugements sans recours serait une déformation des mots d’ordre de la révolution et une tentative de la saper. Le Empowerment Removal Committee a été l’un des premiers mécanismes mis en place par la révolution de décembre pour renverser l’administration précédente. Il a été créé conformément à la Constitution et à un statut approuvé par le Conseil de souveraineté et le Conseil des ministres en séance commune.

Des commissions nationales indépendantes doivent être établies dès que possible, le processus d’élaboration de la constitution, la conférence constitutionnelle et le comité des élections étant prioritaires. Les commissions nationales élargiront leur engagement dans les agences d’administration de transition et d’État en plus de remplir les responsabilités qui leur sont assignées.

J’encourage les forces de liberté et de libération de tous bords à convoquer une réunion immédiate dans le but d’unir ces forces et de décider des mécanismes appropriés pour guider la voie à suivre. Ils doivent également se mettre d’accord sur la formation d’un comité législatif de transition et débattre de la manière d’intégrer d’autres groupes qui soutiennent la révolution. Une chose est claire si nous ne faisons rien : le Soudan sera une tragédie qui attend de se produire.

Cet article a été publié pour la première fois en arabe dans Al-Quds Al-Arabi le 17 octobre 2021

Adama Cissoko

Report Afrique @ Aldjazair.org

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